En France, une femme meurt sous les coups de son conjoint tous les trois jours. Nous avons tous entendus cette phrase au moins une fois dans sa vie. Dans 90% des cas, il y a eu la volonté de tuer. Il ne s’agit pas d’une malheureuse chute sur le rebord de la baignoire. Non, dans la majorité des cas, l’agresseur (conjoint, ex-conjoint, petit-ami, etc.) a délibérément décidé de tuer. Dans les médias, le traitement qu’il est fait de ces féminicides est sensiblement le même depuis des années. J’ai eu envie d’en parler pour essayer de vous faire ouvrir les yeux sur la manière dont ces femmes deviennent très souvent les coupables.

Celui qui tue …

Récemment, l’assassinat d’Alexia Daval a ému les Français. En février dernier, l’assassin de la jeune femme (son mari) faisait ses aveux, après des mois de performance digne des plus grands films hollywoodiens. Il avait en effet pris part à la marche blanche en hommage à Alexia en apparaissant éploré aux côtés de ses beaux-parents. Rappelons rapidement les faits : il est accusé (avec preuves) d’avoir étranglé sa compagne, de l’avoir habillée en tenue de sport avant de déplacer et brûler son corps dans une forêt. Il s’est aussi dit « très inquiet » de ne pas la voir rentrer. Pendant plus de trois mois, il a feint le veuf inconsolable, après l’avoir étouffé de ses propres mains.

Alexia Daval

… a toujours des « circonstances atténuantes »

Cela faisait déjà beaucoup mais il en a rajouté. Sa ligne de défense était donc la suivante : c’était un « accident ». Il a donc étouffé sa femme « par accident ». Comme lorsque l’on fait tomber son stylo par terre en cours ou que l’on casse un verre en faisant la vaisselle. J’imagine que jamais vous n’avez étranglé quelqu’un par accident ? Moi non plus. La manière dont il a choisi de se défendre par le biais de son avocat est simplement scandaleuse mais celle que les médias ont adopté l’est tout autant.

En effet, à la suite de ces aveux, nous avons appris que le couple traversait une période difficile. Ils n’arrivaient pas à avoir d’enfant et Alexia prenait un traitement pour cela. La défense a immédiatement affirmé et clamé que la jeune femme avait une personnalité « écrasante ». De nombreux articles ont ainsi fleuri sur la toile en donnant ce que j’appelle des « circonstances atténuantes » à l’assassin. Elle l’a un peu mérité, quand même, avec sa personnalité écrasante, non ?

Vous êtes-vous intéressez à la manière dont le mari était décrit ? J’ai pu lire à plusieurs reprises le mot « jeune homme ». Il a 34 ans. Il n’est plus un « jeune homme » irresponsable comme cela est sous-entendu derrière ce terme. Plusieurs fois, les médias l’ont « infantilisé » comme pour « justifier » l’acte dont il a été capable. Très souvent, les termes utilisés lors du traitement médiatique du coupable sont choisis de telle sorte que nous puissions ressentir de l’empathie. On pourrait presque « le comprendre » ou justifier son acte : « personnalité écrasante » ; « jeune homme » ; « détruit » ; « fragile » ; « étouffé », et j’en passe.

Le « crime passionnel » n’existe pas

Nous ne devrions jamais donner de justification à ceux qui commettent le pire. En 2016, 123 (CENT VINGT TROIS !) femmes ont été tuées par leur compagnon ou ex-compagnon. Si j’ai pu apprendre quelque chose en suivant l’actualité, c’est que les médias raffolent du mot « crime passionnel » ou « drame passionnel » lorsqu’il s’agit d’un homme qui tue sa femme. Inutile de chercher une formule pour démontrer par a+b que « la passion » et « l’amour » ne sont pas compatibles avec « il a égorgé sa femme ». Tuer quelqu’un, que ce soit sa femme ou non, n’a rien à voir avec l’amour. On ne tue pas quelqu’un parce que l’on en était follement amoureux. De la même manière, tuer sa femme n’a rien d’un « drame passionnel », il s’agit d’un meurtre. Il faut appeler les choses telles qu’elles sont et arrêter de minimiser les faits. Aucun reportage des journaux télévisés n’a évoqué les mots « féminicide » ou « meurtre conjugal », qui sont pourtant ceux à utiliser. Pour revenir à l’assassin d’Alexia Daval, les JT se sont plus intéressés à son mensonge « exceptionnel » et à sa personnalité « complexe » qu’au crime lui-même.

Vous prendrez 4 ou 10 ans de prison ?

Outre le traitement médiatique des meurtres conjugaux, les peines de prisons encourues par les coupables sont bien différentes qu’il s’agisse d’un homme ou d’une femme. Je ne suis pas experte en droit mais j’aimerais qu’on m’explique pourquoi on décide de condamner une femme qui a tué son mari qui la battait à 10 ans de prison lorsqu’un homme qui a tué sa femme de ses poings n’écope lui que de 8 ans, dont il en effectuera seulement 4 avant de sortir pour « bonne conduite ». J’ai essayé de saisir la rationalité de cette justice : sans succès. Il vaut mieux être l’agresseur que l’agressé ?

En 2012, Jacqueline Sauvage abat son mari de trois coups de fusil. L’enquête a montré qu’elle était sous l’emprise d’un mari violent et colérique. Ses trois propres filles ont également témoigné et affirme avoir été victimes d’attouchements et de viol commis par leur père. Jacqueline Sauvage a été condamnée à 10 ans de prison dont 5 ans de période de sureté. C’est-à-dire qu’elle était obligée d’exécuter au minimum 5 ans de prison avant de demander un aménagement de sa peine comme la liberté conditionnelle, par exemple. L’affaire a fait grand bruit et a été relayée par les médias, une pétition a même été lancée, réclamant la grâce de Jacqueline Sauvage. Elle a finalement été graciée en décembre 2016 par le Président de la République, François Hollande. Seule la grâce présidentielle permettait de mettre fin à la peine de prison.

Jacqueline Sauvage

En 2003, Marie Trintignant est tuée sous les coups de son compagnon, Bertrand Cantat. Trente-six coups dont 4 au visage. Il a écopé de 8 ans de prison et n’en a effectué que 4 avant d’être libéré pour « bonne conduite », comme je l’évoquais plus haut. Condamné par la justice Lituanienne, où le meurtre a eu lieu, il a purgé ses 4 ans en France, où la justice a autorisé sa libération. On remarque que dans des cas similaires, les coupables jugés en France pour meurtre/homicide d’une femme qu’il battait est similaire à la durée de la peine qu’a exercé Bertrand Cantat. Ce n’est donc pas parce qu’il a été jugé et condamné en Lituanie que sa peine n’a pas excédé 8 ans, dont 4 effectifs.

féminicides

Pourquoi l’auteur d’un acte que l’on pourrait qualifier de « légitime défense » est condamné à une peine plus lourde et plus longue qu’un meurtrier qui battait sa femme et qui a fini par la tuer de ses propres mains ? Je ne cautionne et ne justifie en aucun cas le meurtre, je souhaite seulement une justice qui ne favorise pas l’agresseur au détriment de la victime.

Ce qu’il y a à retenir

Il y a encore du progrès à faire concernant le traitement médiatique et judiciaire des féminicides/meurtres conjugaux. Pour que jamais, une femme ne devienne « coupable » d’avoir été une femme. Pour que jamais, la personne qu’elle était devienne un motif de justification de sa mort. Pour qu’un jour on arrête d’entendre qu’une femme meurt sous les coups d’un homme tous les trois jours. Mais aussi, pour que les violences faîtes aux femmes, quelles soient physiques, psychologiques ou verbales et peu importe leurs formes n’existent plus. Pour qu’un jour, être une femme ne soit plus une question de vie ou de mort.

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