L’affaire Weinstein à Hollywood ou encore les différents hashtags tels que #metoo ou #balancetonporc ont permis la libération de la parole sur un sujet encore tabou : le harcèlement sexuel, physique et/ou verbal. Cette mise en lumière a déclenché une prise de conscience collective, notamment chez les hommes. Combien sont ceux qui n’avaient pas conscience de l’impact du harcèlement sur la vie des femmes et à quel point il était quasi omniprésent ? Aujourd’hui, j’avais envie de revenir sur sa définition, ses limites mais également sur son traitement médiatique. Mais je voulais aussi parler de la « culture du viol » qui est la tendance à remettre la faute sur la victime d’agression plutôt que sur l’agresseur en lui-même.

Le harcèlement, ça commence à quel moment ?

C’est en réalisant un questionnaire sur le harcèlement sexuel, physique et/ou verbal pour mes études que j’ai pu me rendre réellement compte des idées reçues et de la définition qu’avaient, femmes et hommes, à ce sujet. Pour la plupart des personnes interrogées, le harcèlement commence lorsqu’il y a des remarques sexistes sur le physique ou l’attitude, des propos graveleux ou des attouchements. Dans les choix de réponses, les sifflements et les regards insistants étaient également proposés. Pourtant, peu de personnes les ont cochés et considérés comme du harcèlement. Mais, si l’on en croit la définition exacte du harcèlement qui considère comme tel “toute situation intimidante, hostile ou offensante”, les sifflements et les regards insistants devraient être pris en compte également. Dans la réalité, la plupart des personnes interrogées n’associent pas cela comme du harcèlement alors qu’il s’agit d’une situation qui peut vite mettre quelqu’un mal à l’aise et inconfortable. Est-ce parce que dans les propositions, il s’agissait du “moins pire” ou du “moins désagréable” ? Le tabou autour du harcèlement est si fort et présent dans notre société qu’une femme se sent obligée d’effectuer un choix “par valeur” et d’estimer, comme sur une échelle de 1 à 10, la gravité d’un acte de harcèlement. Le problème étant que cela reste du harcèlement, qu’il vous rende inconfortable à 2 sur 10 ou à 8 sur 10.

A titre personnel, être sifflée dans la rue [! Spoiler !] ne m’apporte aucune satisfaction ni plaisir. Tout comme lorsqu’un homme vous fixe avec insistance dans le métro, accompagné d’un sourire digne d’un acteur de films d’horreur, la situation est très vite inconfortable, croyez-moi. Le genre de situation où l’on aimerait se faire toute petite et où l’on en arrive parfois à se demander si l’on a fait quelque chose qui aurait pu le provoquer. (JAMAIS)

Le harcèlement dans les transports en commun

Récemment, une campagne de sensibilisation au harcèlement dans les transports en commun a été lancée en Ile-de-France. Sur les diverses déclinaisons des affiches, les femmes sont dans le métro et guettées par des prédateurs qui sont représentés par des animaux (ours, loup, requin). Il n’est, à mes yeux, pas judicieux d’utiliser des animaux pour représenter les agresseurs. En effet, ces derniers ne pourront pas s’identifier à eux, ce qui ne crée aucun impact sur leurs actes. De plus, les animaux chassent leur proie dans le but de se nourrir, les humains, quant à eux, n’ont aucune raison de chasser, tout comme les femmes ne devraient pas être identifiées à des proies. Il n’y a donc aucune corrélation entre le comportement des animaux, qui cherchent à se nourrir et donc à survivre et celui d’un homme qui harcèle une femme dans le métro. Bien qu’une affiche ne risque pas de dissuader un agresseur d’agresser, lorsqu’elle est bien faite, elle peut avoir un effet de prise de conscience collective.

Les femmes constituent à elles seules près de 60% des usagers des transports en France. Sur un panel de femmes interrogées, 100% affirment avoir été victimes de harcèlement dans les transports en commun, qu’il soit sexuel, physique ou verbal. Certaines adoptent un comportement différent lorsqu’elles les empruntent, comme adapter leur tenue ou encore mettre ses écouteurs dans les oreilles pour ne pas être dérangé. Il est également courant que certaines femmes décident de ne pas sortir en ville tard le soir pour ne pas avoir à rentrer seule en transports en commun. Alors, je vous entends arriver : « Faut faire abstraction et ne pas s’interdire de sortir pour ça ». Le problème c’est que « ça », ça nous fait peur et ça nous angoisse même parfois. Alors, pour éviter que la peur prenne le dessus, chacune à sa technique pour ne pas s’interdire de sortir. A titre personnel, je préfère prendre ma voiture au lieu des transports en commun si je sors le soir. Si je dois prendre les transports en commun, je m’arrange pour rentrer avec une ou plusieurs personnes qui font plus ou moins le même trajet que moi, par exemple. Tirer une tête d’enterrement est pas mal aussi …

Il existe pas mal d’autres techniques, n’hésitez pas à partager les vôtres, c’est toujours utile. Cependant, en l’écrivant, je me rends bien compte qu’il est déplorable d’en arriver là. Il est aberrant qu’une femme ait à adapter son comportement en vue d’une possible agression. En tant que femme, j’aimerais juste avoir la possibilité de mettre une jupe tout en empruntant le métro sans crainte. J’aimerais juste avoir la possibilité de me déplacer tranquillement et librement. Cette liberté que chaque individu mérite.

La culture du viol, qu’est-ce que c’est ?

La culture du viol c’est donner des justifications ou des excuses aux violences sexuelles, en les banalisant, voire même, en les acceptant. C’est affirmer que la longueur de la jupe d’une femme est un appel au viol ou c’est dire à une femme victime de viol « Oui mais t’étais habillée comment aussi ? Ton décolleté est super provocant donc c’est normal ! », entre autres. Sans oublier de faire culpabiliser la victime et d’affirmer qu’elle a une part de responsabilité.

A travers une exposition, l’université du Kansas aux Etats-Unis a déconstruit ce préjugé que beaucoup de personnes ont encore : les vêtements comme justification d’un viol. En termes d’agressions sexuelles, il n’y a pas de « vêtement-type », seulement des violeurs. La longueur d’une jupe ne signifie rien si ce n’est le fait que nous aimons porter une jupe. Le seul responsable est le violeur.

Pour ceux qui semblent préoccupés et qui twittent à longueur de temps des arguments du style : « On peut même plus draguer tranquille, bientôt les femmes crieront au viol après un simple bonjour mdéair ». Evidemment, je m’abstiendrai de tous commentaires concernant l’absurdité-débilité-aquelmomentonrit de ce genre d’arguments et je propose à ces personnes d’aller vérifier la définition de séduction dans le dictionnaire, qui [encore un spoiler] n’a rien à voir avec celle du harcèlement. Le consentement est la notion qui différencie la séduction du harcèlement. La définition du consentement est la suivante : « Le consentement est le fait de se prononcer en faveur de l’accomplissement d’un projet ou d’un acte. » J’aimerais aussi rajouter que l’absence d’un non n’est pas un oui. Sous la surprise, le choc ou n’importe quelle autre émotion, la réaction d’une femme peut être de ne pas réagir et d’être pétrifiée. Par ailleurs, bien souvent, le viol est minimisé car incompris et tabou, ce qui crée des idées reçues et des préjugés qui participent à la culture du viol. Les hommes peuvent être victimes de viol également, contrairement aux idées reçues. Au même titre que le viol conjugal existe vraiment et n’est pas une « dernière lubie féministe ». Il ne faut plus faire du viol un tabou et oser ouvrir le débat pour ainsi permettre une meilleure prise en charge des victimes. Si l’on vous confie avoir été victime d’un viol, vous pouvez réagir avec bienveillance, empathie et en étant à l’écoute. Si vous en avez été victime mais que vous n’êtes pas prêt.e.s à évoquer votre expérience personnelle, rien ne vous y oblige non plus, c’est à chacun d’en décider.

A retenir

Le harcèlement, quel que soit la forme qu’il prend est un réel sujet de société que nous devrions tous vouloir voire disparaître. Le corps de quelqu’un n’appartient qu’à lui seul. Aucune personne n’a le droit de se l’approprier sans votre consentement. Au 21e siècle, il ne devrait plus exister de femmes qui troquent leur jupe pour un pantalon, qui adopte une expression faciale spéciale métro/rer/bus/tramway ou qui refusent d’aller boire un verre en ville par peur de devoir prendre les transports seule la nuit. On a rarement (jamais) vu une femme sauter sur un homme parce qu’il était torse nu dans la rue. Pourquoi une paire de jambes découvertes provoque de telles réactions ? Vous avez 4h.

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