Admiré, critiqué et parfois même détesté, le corps des femmes a toujours fait parler de lui. A travers les siècles, les injonctions et les diktats n’ont cessé d’évoluer sans jamais disparaître. Au 19e siècle, par exemple, l’idéal féminin était une taille de guêpe accompagnée d’une poitrine voluptueuse. Le corset est donc devenu un accessoire de mode indispensable, au détriment de notre santé. A l’ère d’une société qui pousse sans cesse à la consommation, le corps des femmes est très vite devenu un outil marketing incontournable, notamment en publicité. Les femmes utilisées comme objet pour booster les ventes d’un produit qui n’a rien à voir avec la sexualité comme une bière, un parfum ou encore un mixeur, ça vous parle ? C’est ce que l’on appelle : l’hypersexualisation. C’est également le cas lorsque l’on demande à une femme de ne pas allaiter son bébé en public.

Qu’est-ce que la sexualisation précoce et l’hypersexualisation ?

Commençons par définir ce qu’est la sexualisation précoce. Il s’agit de sexualiser les petites filles en leur attribuant des comportements sexuels qui ne sont pas en lien avec leur âge. Cela se traduit parfois dans les vêtements pour enfants ou bébés, par exemple : les maillots de bain deux pièces. Ces derniers suggèrent qu’une petite fille doit, comme les adultes, cacher sa poitrine. Pourtant, avant la puberté, les seins ne sont ni développés ni considérés comme des caractères sexuels féminins. Cette sexualisation précoce se traduit aussi dans les comportements des jeunes adolescentes qui tendent à se rapprocher de plus en plus tôt des comportements adultes. Rapidement, ces dernières veulent : « faire femme », plaire et séduire ou être très féminine et cela dès le collège. Dès le plus jeune âge, nous pouvons donc constater l’impact qu’à la sexualisation du corps féminin sur le développement des filles/femmes.

L’hypersexualisation entraîne la sexualisation précoce : les deux sont donc très liés. Il s’agit d’attribuer une connotation sexuelle à quelqu’un ou à un comportement qui n’a généralement aucun lien avec la sexualité. Je l’évoquais en introduction : il n’est pas rare de voir des publicités où le corps des femmes est utilisé comme un objet pour vendre un produit lambda. Il s’agit là du parfait exemple d’hypersexualisation. Cette pratique n’est pas anodine et ne date pas d’hier. Elle est quasi omniprésente dans notre quotidien et est également profondément sexiste. En effet, c’est toujours le corps des femmes ou jeunes femmes qui est utilisé et mis en avant dans les médias. C’est d’ailleurs le fondement même de notre société de consommation où tout à un prix, tout s’achète et tout se vend, même (surtout) le corps des femmes. L’hypersexualisation est née de plusieurs influences. Par exemple, la démocratisation d’internet a permis un accès facilité à la pornographie et a donc aussi participé à sa banalisation. Les images ou évocations à caractères sexuels ont donc plus facilement émergé dans les différents modes de communication : que ce soit à la télévision, dans les clips musicaux ou encore sur les réseaux sociaux.

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Hypersexualisation dans les médias

Les médias jouent un rôle éminemment important dans la représentation des femmes et de leur corps. Ils sont également parfois le reflet de notre société. Par exemple, il est courant de trouver un florilège de publicité qui hypersexualisent les femmes. Voici trois exemples qui illustrent bien mes propos.

Publicités sexistes

Une femme nue et/ou qui pose de manière hypersexualisée pour vendre, respectivement : des chaussures, un parfum et une voiture. En plus d’être profondément sexistes, ces publicités dénigrent la femme (et son corps) tout en plaçant cette dernière en objet sexuel. Elles affirment également qu’il est normal pour une femme de poser de cette manière ou d’être à moitié nue pour booster les ventes d’une voiture. Nos yeux sont presque habitués à ce genre de représentations et l’on finit par ne plus s’en rendre compte. Mais ces publicités n’ont rien de « normal » et devraient tous nous indigner, à chaque fois. Le corps d’une femme ne devrait plus être considéré comme un objet sexuel. Si vous souhaitez comprendre pourquoi les mannequins ou les stars ne refusent pas, en général, de faire ce genre de campagnes publicitaires, je vous invite à lire cet article qui vous éclairera sûrement.

Un autre domaine où le corps des femmes est hypersexualisé : les clips musicaux. Tous genres confondus, les femmes y apparaissent à moitié nues, souvent très maquillées, en train de danser autour du chanteur. Elles sont le plus souvent présentes pour jouer le rôle de la femme qui « met en valeur » le chanteur et la chanson et ainsi être l’objet de désir. La plupart des producteurs de musique sont des hommes, il n’est donc pas très étonnant de voir ce genre de clips où la femme est hypersexualisée car c’est ce qui marche, ce qui fait vendre. Pourquoi s’en priver ? Cependant, ce sont parfois les femmes elles-mêmes qui contribuent à alimenter cette hypersexualisation car on leur demande de se comporter de manière à satisfaire en silence le désir d’un homme. Les jeunes filles finissent par s’identifier à ces comportements, par les reproduire et même les considérer, comme je le disais plus haut, comme LA norme. Le problème n’est pas qu’une femme accepte d’apparaître dans ce genre de clips. Le problème c’est que notre société ne considère la femme seulement pour son corps et l’utilise pour son business.
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La nudité fait débat

Lorsque l’on parle d’hypersexualisation, le débat sur la nudité des femmes refait surface, particulièrement sur les réseaux sociaux. Une majorité de personnes considèrent qu’une femme qui poste sur les réseaux sociaux une photographie d’elle nue ou ayant une partie du corps dénudée est une mauvaise chose. Ils associent cela à une volonté d’attirer l’attention, de vouloir plaire et/ou séduire à tout prix. Il est donc important à mes yeux de rappeler qu’une femme peut poster une photo d’elle à moitié nue sur Instagram sans attendre quoi que ce soit : c’est son corps donc son choix. Ce n’est pas la nudité qui pose un problème à ces gens-là mais plutôt la liberté qu’ont les femmes de disposer de leur corps comme elles l’entendent. Personne ne crie au scandale lorsqu’un homme poste une photo de lui torse nu à la salle de sport. Pourquoi le fait-on lorsqu’Emily Ratajkowski poste un cliché de ses fesses ? C’est à ce moment-là que l’hypersexualisation entre en scène. L’hypersexualisation réside dans les commentaires sous la photo d’Emily qui lui proposent des relations sexuelles, qui l’insulte de « salope », qui lui demande si elle n’a pas honte d’être dénudée, qui lui demande ce que son mari pense de ses photos, qui pense qu’elle le fait pour avoir des « likes » etc. Si demain je poste une photo de mes fesses sur Instagram, ça ne veut pas dire que j’ai envie de coucher avec vous, ni que j’ai besoin d’attention et ça ne vous donne pas le droit de m’insulter. Chaque femme mérite le respect, habillée ou dénudée. Stop au bodyshaming.

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Jugements et critiques de l’allaitement en public

Si ce n’est pas déjà fait, vous allez vite vous rendre compte que l’hypersexualisation est présente un peu partout autour de vous. Je voulais revenir sur une pratique qui fait encore débat aujourd’hui : l’allaitement. Existe-il un acte plus naturel que de nourrir son enfant au sein ? Certaines femmes sont vivement critiquées lorsqu’elles le font en public. Petit rappel pour les outrés du samedi soir à la vue d’un sein : il est difficile de prévoir quand son bébé va avoir faim et donc, potentiellement, difficile également d’arrêter de vivre en restant cloitrée chez soi pour être sûr d’être à la maison quand ce dernier réclamera son repas. En revanche, il n’est pas difficile d’arrêter de sexualiser le sein d’une femme qui, en premier lieu, a été crée dans le seul et unique but de nourrir un enfant. Il est tout aussi facile de laisser une femme allaiter où elle veut, quand elle veut, sans se sentir obligé de lui faire part de son jugement personnel. Afin d’en finir avec cette sexualisation, certaines stars et anonymes ont participé au #normalizebreastfeeding sur Instagram, qui ce veut bienveillant, libérateur et vise aussi à mettre fin aux remarques négatives sur l’allaitement.

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Ce qu’il faut retenir

L’hypersexualisation est ancrée au sein de notre société patriarcale et perpétuée depuis des années, à travers les médias, mais pas seulement. Quand comprendra-t-on que la femme n’est pas et ne sera jamais un objet ? Quand comprendra-t-on que le rôle d’une femme n’est pas de satisfaire les besoins et les envies de monsieur ? Comprendra-t-on, un jour, qu’elles sont plus que des seins ou des fesses ? Et que la nudité n’a rien à voir avec la « valeur » d’une femme ? On répète aux petites filles qu’il est très important de bien travailler à l’école, de faire de grandes études pour que les principaux exemples qu’elles voient dans les médias soient mis en avant uniquement pour leur corps et pas pour leur cerveau. Plutôt ironique, non ? Au-delà du manque de représentations qui permettrait de lutter contre l’hypersexualisation, l’impact sur les principales concernées n’est pas anecdotique : pression sociale pour rester jeune et être sexy en toute circonstance, perte de confiance en soi, complexes, etc.

4 thoughts on “Hypersexualisation du corps des femmes”

  1. Je crois que vous vous trompez de cible :

    Les anciens ont diabolisé le corps de la femme justement. Avant, tout le monde était prude, y compris les hommes.

    Aujourd’hui, la sexualité s’est complètement banalisée justement grâce aux féministes : Les femmes assument leur corps et les hommes n’ont plus honte en public de les regarder.

    Certes, cela peut vouloir dire que le sexisme s’est transformé mais il n’a aucun rapport avec la dépravation antique de l’esprit masculin. Il s’agit, c’est un point de vue, d’une déviance moderne mais le féminisme en déshinibant les moeurs pour la libération de leur corps, a eu sa part de responsabilité. C’est malhonnête de tout mettre sur le dos des pervers.

    Même principe pour les homosexuels : avant, c’était puni de mort. Maintenant, on trouve beaucoup d’images gays sur les réseaux internets et la gay pride manifeste une hypersexualisation de ces hommes/femmes se revendiquant non-hétéro. Ceci n’est quand même pas la faute du patriarcat ?

    Selon moi, une femme devrait toujours avoir le choix : Même si on l’encourage à s’émanciper, à ne pas se limiter à son corps, il faut accepter que certaines n’ont pas envie de le faire et ce n’est pas uniquement un problème féminin : Un jeune homme qu’on encourage à devenir chirurgien ou PDG peut tout à fait se retrouver éboueur, ouvrier de chantier ou strip-teaser par manque d’ambition. Ce n’est pas causé par la société forcément même si ça influence beaucoup !

    Je crois que c’est la limite du féminisme : Accepter que certaines femmes n’ont pas plus d’ambition que cela par nature et ce indépendamment de leur sexe. Cela ne doit surtout pas verrouiller l’accès des femmes ambitieuses mais ça ne doit pas devenir une dictature de l’excellence. A partir du moment où une personne dit à une autre « je sais mieux que toi ce que tu as besoin », il faut absolument surveiller ses pieds et ne pas franchir la limite de la liberté d’autrui.

    Pour ce qui est de l’allaitement en public, la question de la pudeur contre la question du besoin vital est un faux problème et n’est pas lié intrinsèquement aux femmes :

    Il est normalement choquant qu’un homme sorte son sexe sur un bord de route pour uriner. Uriner est un besoin tout aussi vital que de nourrir son gosse. Si les femmes peuvent allaiter en public sans avoir à se justifier, les hommes peuvent, par voie de conséquence, ne plus avoir à se cacher pour uriner contre un buisson sur un bord de route.
    C’est typiquement de la pudeur et c’est même exagéré : Même quand il se met dos à la route, un passant va le traiter de porc.

    Bien sûr, je ne dis pas que cela n’est pas l’objectif du féminisme mais cela pourrait, à mon sens, renforcer l’idée que ce n’est pas une lubie de femme, que cela brise les règles de tabou du sexe encore trop ancrées et que cela sert l’intérêt des deux sexes.

    Après, je ne sonde pas les coeurs et les reins et je n’ai pas prétention de dire que « l’urine des mecs » soit pertinent dans un article féministe.

    1. Bonsoir. Aujourd’hui, le corps des femmes est encore diabolisé et c’est d’ailleurs ce que j’essaye de montrer, tout au long de mon article. Il y a toujours eu et il y a encore un énorme tabou autour du corps des femmes et de leur sexualité. Je ne crois pas non plus que la sexualité soit aujourd’hui banalisée, quand on voit que l’homosexualité (pour reprendre votre exemple) est, dans certains pays, punie par la peine de mort et qu’en France, la Manif pour tous défile dans les rues en scandant des slogans homophobes. Par ailleurs, la sexualité n’est pas autant banalisée que vous l’affirmez, quand on voit qu’une femme est insultée quand elle couche avec plusieurs personnes régulièrement et qu’un homme est « un don juan » lorsqu’il adopte le même comportement. Je ne mets à aucun moment la faute sur « les pervers » comme vous dites, je pense au contraire, avoir démontré que l’hypersexualisation est un problème de société, qui ne date pas d’hier, mais qui aujourd’hui, est particulièrement visible grâce aux médias et à toutes les nouvelles technologies, qui le mettent en lumière. Pour illustrer mes propos, je donne des exemples comme les médias, la publicité ou encore l’industrie musicale. Je dis explicitement que l’hypersexualisation résulte du système patriarcal au sens large/en entier, qui est lui-même constitué de nombreux acteurs et pas seulement de « pervers ». Réduire l’hypersexualisation à de simples pervers est, à mon sens, quelque peu ironique et hypocrite.
      Pour revenir sur votre remarque par rapport à l’homosexualité, ce n’est pas parce que vous voyez des gays dans les séries ou sur internet que cela veut dire qu’ils ne font plus l’objet de discrimination. En quoi la Gay Pride « manifeste une hypersexualisation de ces hommes/femmes se revendiquant non-hétéro » ? Je ne vois où vous voulez en venir.
      Je suis d’accord avec vous sur ce point, une femme devrait toujours avoir le choix. C’est d’ailleurs l’un des fondements du féminisme : être libre d’avoir le choix. J’ai le droit de faire le choix de ne pas exposer mon corps à la vue de tous, comme j’ai le droit de l’exposer sur les réseaux sociaux. Le féminisme permet ce choix-là, de décider pour soi, sans rien imposer.
      Pour l’allaitement, je ne sais pas si vous faites référence à mon article en disant ça ou s’il s’agit d’une remarque personnelle générale mais il n’est pas question de pudeur dans mon article, ni même d’opposition pudeur/besoin vital. Votre comparaison me dérange car le sexe d’un homme ne peut pas être opposé aux seins d’une femme. Je m’explique. Les seins d’une femme sont sexualisés car ils sont catégorisés comme principaux traits de féminité, d’érotisme, de sensualité, etc. Pourtant, leur fonction première est de nourrir un enfant, non pas d’être source de désir. C’est ce que je déplore dans l’article : cette hypersexualisation qui n’a pas lieu d’être et qui pourtant, existe bel et bien. Allaiter en public est encore très tabou. Le sexe d’un homme est un caractère sexuel, par définition, c’est pourquoi votre comparaison, à mes yeux, semble erronée. Ce n’est pas de la pudeur dont il est question. Une femme qui ferait pipi sur le bord de la route à la vue de tous dérangerait autant qu’un homme faisant pipi sur le bord de la route à la vue de tous, et à très juste titre. La nuance est ici : pour l’allaitement, le besoin vital est (hyper)sexualisé.
      Merci pour votre intérêt et vos remarques.

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