Aujourd’hui, en scrollant sur Twitter ou encore Instagram, il n’est pas rare de tomber sur des photos de femmes dont une partie du corps est dénudée ou nue. Si vous êtes actif sur les réseaux sociaux, cela ne vous a pas échappé qu’une femme est régulièrement insultée pour poster ce genre d’images. Une paire de fesses et certains ne se contrôlent plus. Qu’il s’agisse de Kim Kardashian ou de votre voisine, la conséquence est bien souvent identique. Je me suis penchée sur le sujet pour mieux comprendre le tabou qui règne autour de la nudité des femmes sur internet et dans la vie en générale.

La nudité rime souvent avec insultes et cyberharcèlement

La nudité sur les réseaux sociaux est un sujet qui fait beaucoup parler. Nombreux sont ceux qui la dénoncent et la fustigent comme si c’était la pire chose qu’il puisse exister sur terre. Les femmes qui osent poster des photos d’elles dénudées sur leurs réseaux sociaux sont souvent la cible d’insultes et plus largement à du cyberharcèlement.

« Elles savent à quoi s’attendre, il ne faut pas faire ça »

Pourquoi le problème résiderait dans le fait de poster une photo de soi nue ou dénudée sur les réseaux sociaux mais pas dans le comportement injurieux et dangereux de ceux qui s’en offusquent ? Le plus problématique d’après vous, c’est qu’une femme soit libre d’exposer ou non son corps sur les réseaux sociaux OU l’homme/la femme sorti.e de nulle part qui l’insulte de tous les noms ? Par ailleurs, merci de me donner immédiatement la liste de toutes les choses qu’une femme n’a pas le droit de faire, ça m’intéresse.

La nudité sans la liberté

Dans la majorité des cas, la nudité dérange uniquement lorsque ce sont les femmes elles-mêmes qui décident d’exposer leur corps. Avez-vous remarqué l’hypocrisie qui règne autour de ce sujet ? Lorsqu’il s’agit de photos dénudées volées qui fuitent sur internet, à l’insu de la personne concernée, nombreux sont les hommes à en rigoler. Ou encore, à tenir pour responsable cette dernière. Parce qu’elle a envoyé une photo d’elle dénudée à un homme, que ce dernier l’a publié sur internet sans son consentement, elle devrait être responsable du lynchage dont elle est victime par la suite ? Ce qui dérange vraiment certains, ce n’est pas une paire de fesses sur Instagram (paire de fesses qui, en passant, ne les dérange plus dans un contexte pornographique, par exemple.) mais plutôt qu’une femme soit libre de décider ce qu’elle expose ou non de son corps. Ils veulent choisir le moment, le lieu et la manière dont une femme peut/doit se dénuder. Une femme libre de disposer de son corps ou une femme libre tout court, c’est une perte de contrôle. Contrôler les femmes, leur dire quoi faire, quoi dire, comment se comporter, c’est un peu le ciment de notre société. En d’autres termes, on appelle ça le patriarcat. C’est la lutte quotidienne du féminisme. Et, c’est ça, le réel problème.

Le consentement

Vivement critiquées pour assumer leur corps, les femmes se heurtent souvent à une méconnaissance de la notion de consentement. Je soupçonne certains d’oublier cette notion volontairement. Publier ou utiliser des photos qui ne vous appartiennent pas, donc, sans le consentement de la personne concernée, est puni par la loi. Le consentement, ce n’est pas bien compliqué. Si c’est non, c’est non. Si elle ne dit pas non, ça ne veut pas dire oui. Si elle ne dit rien, ça ne veut pas dire oui, non plus. Si elle dit oui puis non, c’est non. Que ce soit lors d’une relation sexuelle, lors d’une simple discussion, lors d’un partage de photos dénudées ou toute autre situation qui engage le consentement d’autrui, de-man-dez. Ne partez jamais du principe qu’il vous est acquis. Vous n’appartenez à personne et personne ne vous appartient : il en va de même pour le consentement.

La nudité et l’hypersexualisation du corps féminin

Dans un précédent article, je vous parlais d’hypersexualisation et de ces impacts sur la société mais également sur le rapport des femmes à leur corps. Récemment, j’ai vu passer sur les réseaux sociaux, la photo d’une femme enceinte, en sous-vêtements. A priori, rien de choquant, une femme enceinte, ventre arrondi donc, en sous-vêtements. Mais ce sont les commentaires qui m’ont sidéré. Pour résumer, on était sur du : « Imagine ta mère elle met ça sur les réseaux sociaux » et autres remarques qui affirmaient qu’elle n’avait ni respect ni décence pour elle-même en publiant ça. Vous imaginez bien qu’il s’agit là d’une transcription de ma part en vocabulaire correct. Je vous épargne les insultes que cette femme a reçu sous sa photo. Quelle est cette manie de sexualiser les femmes à chaque occasion ? Le problème ne réside pas dans la photo en elle-même mais chez ceux qui la sexualise. Il n’y a rien de plus naturel qu’une femme enceinte qui arbore fièrement son ventre rond. Sous-vêtements ou combinaison de ski, peu importe. Il n’y a rien de sexuel dans ce genre de comportements. Ce n’est ni une invitation à la haine ni aux commentaires graveleux ni à quoi que ce soit de ce genre.

Qu’est-ce que le respect de soi même ?

« Moi, je ne pourrais pas sortir avec une fille qui ne se respecte pas ». Bon, déjà, ça veut dire quoi se respecter ? Y’a-t-il un questionnaire à remplir ou un test à faire pour vérifier qu’on se respecte ou pas ? Vous avez obtenu une majorité de rond rouge, vous êtes au top. Une majorité de carré vert ? Dommage, vous n’êtes pas loin de devenir quelqu’un qui se respecte, encore un petit effort ! Une majorité de triangle bleu ? Vous manquez de stabilité dans votre vie, vous avez bien besoin qu’un homme vous montre comment devenir une femme qui se respecte.

Plus sérieusement, en vous demandant sur Instagram quelle définition vous pourriez donner à l’expression « se respecter », je me suis rendu compte qu’il n’était pas simple de la définir. J’ai moi-même eu du mal à en formuler une. Déjà parce qu’à mes yeux, cette expression n’avait aucun sens. Surtout lorsqu’elle était utilisée en tant qu’insulte. Si l’on prend une définition littérale, ça donne : « « Se respecter » est une démarche d’amour à l’égard de soi-même, être en accord avec nos émotions à chaque action que nous décidons de mener. » J’adhère fortement à cette définition. Les valeurs sont tellement propres à chacun et chacune qu’il n’est pas possible, selon moi, de dire si x personne se respecte ou non. Si certains vont penser que poser devant un objectif en sous-vêtements entre dans la catégorie « ne se respecte pas », d’autres n’auront absolument aucun problème avec cela. Si à tes yeux je ne me respecte pas en suivant mes valeurs et mes envies, ça n’est pas grave, tant que je suis en accord avec moi-même. Tu n’as pas non plus le droit d’imposer ta vision et ton opinion sur la vie que je mène. Je n’ai pas besoin d’avoir la « bénédiction » de quiconque si ce n’est moi-même.

La valeur d’une femme : réserver son corps pour autrui

La nudité chez la femme est très souvent mise en relation avec sa « valeur ». Plus une femme est dénudée, plus elle perd de sa « valeur » et moins elle apparaît comme « respectable » et respectée. Comme si les femmes étaient un objet qu’on mettait aux enchères et sur lequel il fallait fixer un prix en fonction de tels ou tels critères. L’argument que j’ai souvent vu passer sur les réseaux sociaux : « Une femme doit réserver son corps à son copain/mari ». La seule explication qui pourrait justifier ce genre de paroles, c’est que certains ont visiblement une partie du cerveau qui a été endommagée. Une femme ne doit « réserver » son corps à personne, elle en fait ce qu’elle en veut, c’est le sien, par définition. Elle n’a aucun devoir envers personne d’autre qu’elle-même. De plus, l’époque où les femmes devaient rester à la maison, être une bonne épouse, ne pas trop en montrer et ne pas trop sortir, on n’en veut plus, c’est fini. L’époque où les hommes considéraient leurs femmes comme leurs propriétés, ça doit aussi cesser. Désolé pour les nostalgiques.

La valeur d’une femme : valoriser au détriment des autres

Autre habitude qu’on les femmes et les hommes : valoriser un « type » de femmes au détriment d’un autre. C’est le cas lorsque certains affirment qu’une femme qui « n’en dévoile pas trop » est plus attirante qu’une femme qui poste des photos dénudées ou nues sur les réseaux sociaux. Aujourd’hui, une femme doit avoir le droit et la liberté d’exposer son corps sur les réseaux sociaux. Elle doit avoir le droit et la liberté de ne pas exposer son corps sur les réseaux sociaux. Arrêtons (homme comme femme) de dévaloriser celles qui se dénudent au profit de celles qui se couvrent ou inversement. Il n’y a aucun intérêt à favoriser les unes ou les autres. Je le répète mais la valeur d’une femme ne se mesure pas aux centimètres de vêtements qu’elle a ou qu’elle n’a pas sur le corps. La « valeur » d’une femme n’est qu’une construction patriarcale qui permet aux dominants de ce système d’établir une hiérarchie entre les femmes, de les rabaisser si elles ne répondent pas à tous leurs critères et de renforcer la rivalité et la division des femmes entre elles. « Diviser pour mieux régner » ça vous dit quelque chose ?

Pourquoi les femmes se critiquent entre elles ?

Il arrive que les critiques autour de la nudité ne viennent pas uniquement des hommes. Comme je l’évoquais plus haut, les femmes sont aussi parfois à l’origine de ce lynchage. Il est tellement dur de s’extirper du système patriarcal dans lequel nous avons grandi. Difficile de déconstruire les principes et les valeurs avec lesquelles nous nous sommes construites. C’est pour cette raison que certaines femmes reproduisent des schémas patriarcaux et qu’elles fustigent la nudité chez d’autres femmes, par exemple. Parce que durant une grande partie de leur vie (si ce n’est pas toute leur vie), on leur a répété qu’une femme ne devait pas faire ça. Qu’elle n’avait pas le droit. Qu’elle devait « se respecter » si elle voulait « être digne » de trouver quelqu’un. Que son corps était précieux et qu’il ne fallait pas trop le montrer. Que la longueur de sa jupe en disant beaucoup sur sa personnalité, et plus encore.

by Libby VanderPloeg

Ce qu’il faut retenir

Le tabou qui règne autour de la nudité n’est pas près de disparaître. Pas tant que les hommes et les femmes continueront d’entretenir le système patriarcal dans lequel nous vivons. Ce même système où la femme est critiquée pour à peu près tout ce qu’elle entreprend dans sa vie. Il faut arrêter de culpabiliser les femmes pour accepter leur corps, pour l’afficher, pour refuser ce qu’on a toujours attendu d’elles. Les temps changent et il serait bon de considérer les femmes comme de êtres humains à part entière. La culpabilité, nous n’en voulons plus. La honte, nous n’en voulons plus. Si quelqu’un doit avoir honte de son comportement, ce n’est sûrement pas la femme qui affiche son corps sur les réseaux sociaux. Par ailleurs, nous avons aussi besoin de rétablir un climat de bienveillance des femmes entre elles. Plus ces dernières seront divisées, plus le patriarcat aura de beaux jours devant lui.

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