J’aborde aujourd’hui un vaste sujet : les menstruations, ou plus communément appelées les règles. Chaque femme connaîtra un jour le bonheur ultime d’avoir ses règles ainsi que sa farandole de « petits » désagréments. Par chance, les menstruations ne durent qu’une (trop grande) partie de notre vie. Nous n’avons pas réellement le choix, dame nature a été généreuse. Cependant, je voulais revenir sur quelques points qui rendent ces quelques jours chaque mois plus difficiles qu’ils ne le sont déjà à l’origine. Entre autres : le prix et la composition des protections hygiéniques, la vision moyenâgeuse de certain.e vis-à-vis des règles, la douleur et l’endométriose mais également la représentation des menstruations dans les publicités.

Quand les femmes étaient des sorcières

Pour commencer, je voulais juste préciser qu’il ne s’agit pas d’un sujet dédié exclusivement aux femmes. Il peut aussi concerner et intéresser les hommes. En effet, il peut vous aider à mieux en comprendre certains aspects ou simplement vous apporter des connaissances supplémentaires. Par ailleurs, vous êtes ou serez concernés de près ou de loin un jour. Votre mère a ou a eu ses règles, tout comme votre sœur, votre femme ou encore votre fille. Par ailleurs, pas d’inquiétude, loin de moi l’idée de refaire un cours de SVT. Premièrement parce que j’étais très nulle en sciences à l’école. Deuxièmement parce que j’estime que chacun sait à peu près comment ça marche, biologiquement parlant.

Petit rappel historique. Dès l’Antiquité, les menstruations ont mauvaise réputation et toutes sortes de « croyances » naissent de cette époque. En effet, on a longtemps dit et cru que les femmes qui avaient leurs règles étaient des sorcières. Lorsqu’elles n’étaient pas torturées ou exclues de la communauté pour cette raison, on les brûlait. Sans parler de « l’hystérie » qui a longtemps été considérée comme une véritable pathologie. Les règles ont donc longtemps été un outil permettant de montrer que la femme est impure et d’ainsi justifier qu’elle soit cantonnée au foyer. Des siècles et la science plus tard, il subsiste encore des préjugés vis-à-vis des règles dans nos sociétés contemporaines.

« T’a tes règles ou quoi ?! »

C’est exactement le type de phrase (parmi tant d’autres) que les femmes ne veulent plus entendre. Ajoutez à ça les remarques de type « C’est toujours son excuse pour le sport, d’avoir ses règles » et j’en passe. Mon avis sur la question est assez simple : tant vous n’aurez pas perdu 30 à 80 ml de sang pendant une semaine chaque mois, que vos hormones n’organiseront pas une méga fête dans tout votre corps, que vous n’aurez pas des migraines, que vous ne vous tordrez pas de douleur dans votre lit, les remarques et moqueries sont irrecevables. C’est un peu direct, j’avoue. Mais si vous ne pouvez pas le vivre, abstenez-vous de commentaires moqueurs, pour le dire avec davantage de diplomatie. Il est vrai que certaines femmes souffrent peu lors de leurs règles tout comme certaines peuvent être clouées au lit à cause de la douleur. D’autres ont même une maladie : l’endométriose, qui touche 1 femme sur 10. Je vous invite d’ailleurs à cliquer ici pour plus d’informations sur cette maladie peu connue et pourtant si complexe.

Les règles n’arrivent jamais seules et sont accompagnées de symptômes plus ou moins développés, dont certains ont été nommés plus haut. Chaque femme est différente tout comme chaque cycle menstruel est différent. Certaines auront la poitrine sensible, d’autres non. Certaines perdront beaucoup de sang sur 4 jours pendant que d’autres auront un flux faible pendant 8 jours. Certaines se sentiront plus irritables, d’autres non. Certaines auront des migraines à s’en taper le crâne contre le mur (cc moi-même), d’autres non. Avoir nos règles n’est ni un choix, ni un plaisir ni une passion. Seulement une réaction naturelle qui nous prévient qu’aucun bébé n’est en route. Les moqueries et le sarcasme vis-à-vis de ces dernières n’ont jamais fait rire personne ou du moins, pas les femmes concernées.

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La représentation des menstruations dans les publicités

Merveilleux cadeau de dame nature, n’est-ce pas ? Si l’on en croit les publicitaires qui débordent de créativité lorsqu’il s’agit de vendre leurs protections hygiéniques, les règles sont synonymes de douceur, volupté et bonheur intense. Oui, moi aussi, chaque mois pendant cette période j’ai envie de partir faire un trek de six heures en Amazonie et d’enchaîner avec 72 longueurs de piscine pour ensuite suivre un cours de zumba. Je déborde d’ailleurs d’énergie mais je me sens aussi comme dans un cocon car j’ai acheté leurs supers serviettes/tampons absorbants 72h, senteur prunes des bois, confort optimal. Je caricature (pas tant que ça) mais je voulais attirer votre attention sur le traitement des règles dans les publicités. Avez-vous remarqué que ce qu’on nous montre est assez éloigné de la réalité que nous vivons ? Par exemple : le liquide utilisé lors des démonstrations d’absorptions est bleu. Ah. Je ne sais pas vous mais personnellement, mon sang est rouge. Quel mal y-a-t-il à illustrer les règles telles qu’elles sont ? Arrêtons deux minutes de modeler la réalité en l’aseptisant sous prétexte d’esthétique et de profit. Alors oui, le bleu c’est mignon, ça fait davantage vendre que la couleur du sang mais ce n’est pas la réalité. Dans la réalité, les règles n’ont jamais eu vocation à être belles.

Un mauvais accès aux protections hygiéniques

En partant de la constatation qu’aucune d’entre nous n’a choisi de naître avec un utérus et un vagin, pouvoir se protéger lors des menstruations devrait donc être à la portée de toutes. Ce n’est pas comme le maquillage, par exemple, qui est un choix et non un besoin à proprement parler. Sans grande surprise, l’accès aux protections hygiéniques est largement inégal.

Évidemment, les premières touchées sont celles vivants dans les pays pauvres où l’on peine déjà à se nourrir, comme en Afrique ou dans certains pays d’Asie, par exemple. De nombreuses filles dans le monde entier rate l’école lorsqu’elles ont leurs règles, faute d’accès à des protections hygiéniques mais également parce qu’il s’agit également d’un sujet encore tabou. Mais contrairement à ce que nous pouvons penser, les pays européens sont concernés eux aussi. Récemment, l’association Freedom4girls a fait un constat alarmant concernant l’Angleterre : de nombreuses élèves issues de familles plus pauvres avaient accumulé les absences chaque mois. En effet, elles n’ont pas les moyens d’acheter des protections hygiéniques, ce qui les contraint à rater les cours lorsqu’elles ont leurs règles. Avec le tabou que représente encore les menstruations dans le monde entier, comment voulez-vous rendre les protections hygiéniques moins onéreuses voire même gratuites ? Il y a ici un vrai enjeu de société. Faciliter l’accès aux protections hygiéniques pour TOUTES les femmes est un combat que nous devons mener.

A retenir

Comme vous avez donc pu le comprendre, les règles sont encore taboues dans notre société au 21e siècle. Des femmes sont encore moquées pour cela. Des femmes sont encore exclues pour cela. Des femmes n’ont pas accès aux protections hygiéniques pour cela. Des femmes ratent encore l’école pour cela. Au 21e siècle. Ce n’est pas normal. Il n’y a rien de honteux, sale ou dégoutant à avoir ses règles. Aucune femme ne devrait s’excuser pour cela ou se cacher. Chacune de nous doit avoir accès au besoin vital que sont les protections hygiéniques. Réfléchissez-y la prochaine que l’un.e d’entre vous fera une blague à ce propos.

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