Le parcours des femmes dans le monde du travail est semé d’embuches. Leur place est souvent remise en cause, quand elle n’est pas complètement effacée. Écart de salaires, postes à temps partiel, impossibilité d’accès à des postes à hautes responsabilités ou encore difficultés à être scolarisée, les femmes sont les premières touchées par la précarité économique. Naître fille et être une femme sur le marché du travail n’est, à priori, pas un avantage. Quelles sont les causes et les conséquences de telles inégalités ?

L’éducation des filles : entre préjugés et précarité

Dès le plus jeune âge, le genre détermine nos conditions d’éducation. L’éducation est l’arme la plus puissante au monde et pourtant, elle demeure encore aujourd’hui inégalitaire. Naître fille est l’une des principales causes d’exclusion au XXIe siècle. Une éducation de qualité permet aux filles et aux femmes de s’épanouir, d’être autonomes et indépendantes. La scolarisation des filles à travers le monde est un enjeu majeur, quand on sait qu’en 2019, 62 millions de filles n’ont toujours pas accès à l’éducation : soit 1 fille sur 5 (1 fille sur 4 dans les pays en développement). 62 millions. Pour vous donner une idée, c’est presque la population entière de la France. Plusieurs facteurs expliquent pourquoi les filles n’accèdent pas à une éducation de qualité :

Le travail infantile et le mariage forcé

Dans le monde, 116 millions de filles sont exploitées et forcées à travailler pour subvenir aux besoins de leur famille. Dans les pays en développement, 1 fille sur 3 est mariée de force et/ou enceinte avant ses 18 ans, ce qui l’empêche d’aller à l’école.

Les traditions et les inégalités de genre

Dans certaines sociétés, avoir une fille est un fardeau et son éducation encore moins une priorité. Éduquer les filles va parfois à l’encontre des valeurs traditionnelles, qui considèrent que la place d’une fille/femme est à la maison. Ce qui explique pourquoi, dans une famille avec plusieurs enfants, les garçons iront à l’école en priorité, notamment car le coût de l’éducation est élevé.

Les violences à l’école et la guerre

Les filles sont souvent la cible de violences et d’abus sexuels sur le chemin de l’école ou à l’école. Elles sont souvent agressées et parfois tuées. Dans certains pays, on détruit même leurs écoles. Ces violences et l’instabilité politique poussent certains parents à retirer leurs filles de l’école.

Les règles

En Afrique par exemple, 1 fille sur 10 ne va pas à l’école quand elle a ses règles car elle n’a pas les moyens de se procurer des protections hygiéniques adaptées. Il faut ajouter à cela, que, bien souvent, leurs écoles ne disposent pas d’endroits où elles peuvent se changer dans le respect de leur intimité. On estime également qu’1 fille sur 4 a peur d’aller aux toilettes à l’école.

Orientation professionnelle genrée et écart de salaire

L’éducation joue un rôle majeur dans le choix d’orientation des filles. Elle justifie également en partie que leur salaire soit inférieur à celui des hommes. En effet, les stéréotypes de genre orientent très vite les filles dans des filières et des secteurs moins rémunérateurs. C’est le cas des secteurs de la coiffure/esthétisme, des sciences sociales et de la communication, de la santé ou encore le secrétariat. Par exemple, dans les études scientifiques, les femmes ne représentent que 38,7% des étudiants en université. Elles sont encore moins nombreuses dans les IUT et BTS. Il faut néanmoins noter que, ces dernières années, ces chiffres s’améliorent et la proportion de femmes dans ces filières augmentent.

On remarque qu’en moyenne, les femmes sont plus diplômées que les hommes. En effet, 27,1 % des femmes, contre seulement 21,6 % des hommes, ont un diplôme de niveau bac + 3 et plus. Etant donné que les niveaux de salaires dépendent fortement du diplôme, les femmes devraient donc être payée plus que les hommes. Pourtant, l’écart salarial entre une femme et un homme pour le même poste et les mêmes qualifications est de 25,7%.

Comment l’expliquer ?

Comment justifier un tel écart de salaire ?

Pour commencer et comme je l’ai dit plus haut, les filles/femmes sont très vite poussées vers des études supérieures et des secteurs moins rémunérateurs. Une grande partie d’entre elles travaillent aussi en temps partiel et non en temps plein. En effet, 30,7% des femmes sur le marché du travail occupent un poste à temps partiel contre 7,8% des hommes. Les femmes représentent 82% des temps partiels. Elles perçoivent donc un salaire inférieur car elles font moins d’heures. Jusque-là, vous me direz, c’est logique. Seulement, vous êtes-vous déjà demandé pour quelles raisons les femmes occupaient en majorité des temps partiels ?

Déjà parce que les métiers exercés par les femmes sont souvent dans le secteur du service où le temps partiel est largement utilisé : la restauration, la distribution, le service à la personne, la propreté, le secrétariat, etc. Mais aussi et principalement, à cause du patriarcat. Grande surprise. Le fait qu’une majorité de femmes exercent en temps partiel est dû à une répartition inégale des tâches domestiques et à l’éducation des enfants. Eh oui, dans les consciences collectives, le rôle de la femme est de garantir la propreté de son foyer et de s’occuper de ses enfants. Encore. Certaines choisissent le (ou n’ont pas le choix de recourir au) temps partiel, pour pouvoir s’occuper des enfants le mercredi ou le soir, dès la sortie de l’école.

Quand les discriminations s’accumulent …

Naître fille suffit à vous discriminer sur le marché du travail mais d’autres discriminations peuvent s’y ajouter. La maternité, par exemple. Dans un couple hétérosexuel, les femmes sont plus susceptibles de mettre leur carrière entre parenthèse pour l’arrivée d’un enfant que leur compagnon. D’où le temps partiel parfois « choisi » car elles gagnent moins et peuvent plus facilement « sacrifier » leur maigre salaire, quand leur compagnon, lui, ne peut pas prendre ce risque. Il n’y a aucun problème à ce qu’une femme fasse le choix de mettre sa carrière de côté pour pouvoir élever et éduquer son enfant. Tout comme il n’y en a pas chez une femme qui ne souhaite pas choisir entre maternité et parcours professionnel. Le problème réside dans le fait que l’on parte toujours du principe qu’une femme qui décide d’avoir un enfant « doit sacrifier » quelque chose. Si vous êtes deux à vouloir cet enfant, vous devez être deux à prendre vos responsabilités. Le désir de maternité peut aussi vous desservir dès l’embauche. Combien de femmes lors d’un entretien se sont vu poser la fameuse question : « Et sinon, vous comptez avoir un enfant dans les 3-5 prochaines années ? ». Outre le fait que c’est une question déplacée car personnelle, elle est discriminatoire et peut être punie par la loi.

Quand le recruteur commence à parler de ton utérus
… Encore

La couleur de peau, l’origine, la religion et même le handicap constituent une discrimination sur le marché du travail qui, ajouté à la question du genre, réduit encore plus ses chances d’accéder à un emploi ou à un poste à hautes responsabilités. On estime, qu’en moyenne, le salaire d’une femme racisée est inférieur de 13% à celui d’une femme blanche, qui je le rappelle, est déjà inférieur de 25% à celui des hommes. Tous égaux, toutes égales, où ça ?

… Et encore !

Le plafond de verre est une expression inventée dans les années 70 par des sociologues. Elle renvoie à la difficulté qu’ont les femmes à évoluer dans la hiérarchie, à être promis ou plus largement, à accéder à des postes à hautes responsabilités. C’est un plafond invisible auquel les femmes se heurtent dans leur carrière, et ce, très rapidement. Plus d’informations.

N’aie pas trop d’ambition, ma fille

Bien que véhiculés en majorité par les hommes, les stéréotypes sur les femmes au travail ont imprégné les consciences des principales concernées. La société et l’éducation qu’elles reçoivent conditionnent en grande partie les femmes à s’auto-censurer, à freiner leurs ambitions, à se sentir inférieures aux hommes intellectuellement, dès le plus jeune âge. Très vite, on nous apprend à renoncer à certains de nos objectifs. Fonder une famille ou se mettre en couple/se marier sont, parmi tant d’autres, des raisons qui poussent les femmes à renoncer à leur épanouissement professionnel, ou du moins, à le freiner et à le faire passer au second plan. Alors oui, chaque femme n’a pas pour ambition de devenir PDG d’une multinationale ou députée. Certaines si. L’important est de pouvoir faire le choix de la carrière que l’on souhaite. Pas que celle-ci nous soit imposée et dictée par la société et par les autres. Nous devrions toute avoir le choix de nous épanouir dans la carrière que nous souhaitons.

Il a été prouvé que les femmes négocient moins leurs salaires que les hommes. Mais aussi que leurs promotions se basaient sur leurs expériences alors que celles des hommes se basent sur leur potentiel. On estime également, par défaut, qu’une femme est moins compétente qu’un homme, avec pour seule et unique raison … que c’est une femme !

La femme serait vraiment l’égale de l’homme le jour où, à un poste important, on désignerait une femme incompétente.

Françoise Giroud

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